Porteño : Mode d’emploi

– Ou l’art de se fondre dans la masse Je m’adresse, encore et toujours, aux gens qui feront leur échange à Buenos Aires dans les mois ou années à venir. Vous le savez probablement, la culture argentine est particulièrement intéressante, mais encore faut-il la maitriser pour pouvoir adopter « el verdadero modo de vida porteño ». Croyez-moi, […]

– Ou l’art de se fondre dans la masse

Je m’adresse, encore et toujours, aux gens qui feront leur échange à Buenos Aires dans les mois ou années à venir.

Vous le savez probablement, la culture argentine est particulièrement intéressante, mais encore faut-il la maitriser pour pouvoir adopter « el verdadero modo de vida porteño ». Croyez-moi, votre échange sera plus enrichissant de cette manière, parole de quasi-porteña!

El día típico

Que font les Argentins de leur journée? Ils travaillent, ils mangent, et ils dorment – comme tout le monde me direz-vous. Mais pas que! Ce sont aussi de gros fêtards! Et niveau rythme, on est plus proche de l’Espagne que du Québec. Quand les clubs montréalais ferment à 3h, les leurs se remplissent à cette heure-là. Mais ce qui est étonnant, c’est qu’ils ne commencent pas leur journée plus tard pour autant! Le matin, ils arrivent au travail – ou à la fac – vers 8 ou 9h. Où trouvent-ils l’énergie? Dans la SIESTE évidemment! Un jour sans sieste est un jour raté, ou presque. Vous le ressentirez aussi dans la rue : de nombreux commerçants ferment leur boutique entre 13h30 et 17h (oui, c’est une longue sieste), mais du coup, dans la soirée, tout reste ouvert jusqu’à 20h ou 21h. Ils dinent à 14h et ne soupent pas avant 21h30. À 23h on se fait beau, à minuit on sort de chez soi, pour aller à la « pre » chez quelqu’un (i.e la previa, l’équivalent de notre pre-drink), et entre 2h et 4h, direction le « boliche » (=club).

Es local, hay que probar

Pour garder la pêche toute la journée et toute la nuit, les Argentins se reposent sur des habitudes alimentaires bien particulières. Retenez ces mots, car vous les entendrez souvent : parilla, asado, empanadas, dulce de leche. Je ne vais pas m’étaler sur le sujet, car quelqu’un l’a déjà fait, et de façon admirable, donc si vous souhaitez en savoir plus (et rigoler un bon coup), je vous conseille vivement cette page : http://www.penelope-jolicoeur.com/2012/02/largentine-interm%C3%A8de.html.

Pour ce qui est de la boisson, forcez-vous à gouter le « maté », cette boisson ultra-amère qui les tient éveillés toute la journée. Ne vous y méprenez pas : un argentin qui sort son thermos pendant un cours d’économie n’est pas en train de boire du café, mais bien du maté, à l’aide de la tasse à maté et son inséparable « bombilla » (=paille). Chapeau si vous réussissez à aimer! Pour le soir, l’alcool national est le Fernet-coca (le Fernet est un alcool italien, mais en Argentine ils le mélangent avec du Coke). Vous ferez la grimace à la première gorgée, car là encore, c’est très amer et ça a plus le gout d’un médicament qu’autre chose… Mais comme le disait un illustre Polonais : « es local, hay que probar! ». Vous verrez qu’avec un peu de persévérance, on s’y fait! Comme alternative au Fernet, vous trouverez la Quilmes – bière nationale pas top, ou le vin argentin (vino blanco/tinto), plutôt bon.

Du long ou rien!

Vous souhaitiez passer chez le coiffeur avant de vous envoler pour Bs As? OUBLIEZ ÇA! La mode est aux cheveux longs. Si ça se remarque plus chez les filles, les garçons aussi les portent un peu plus longs qu’au Québec ou en France. Les filles, si vous voulez avoir l’air d’une vraie porteña dans la rue, il faudra opter pour des chaussures à semelles compensées (y compris pour les tongs). Enfin, dernier détail : le bronzage. Les Argentins, bien qu’étant les plus européens des sud américains, sont assez bronzés. Et si vous arrivez – comme moi – avec une couleur cachet d’aspirine, vous aurez beau parler comme un porteño, vous habiller comme un porteño, et vivre comme un porteño, vous serez grillé(e) au premier regard!

Cultura

Quand on pense « Argentine » on pense « tango ». Avant de débarquer, j’imaginais naïvement que tous les Argentins savaient danser le tango ou connaissaient au moins les pas de base. C’est totalement faux! Un grand nombre de porteños ne s’y intéressent pas le moins du monde! Par contre, il est vrai que la culture du tango est très présente dans la ville, que ce soit dans les rues de San Telmo, ou dans les nombreuses milongas. Pour être un vrai porteño, pas la peine de savoir danser le tango à la perfection donc, mais il faut quand même connaitre quelques mots tels que « milonga » ou « Carlos Gardel » pour ne pas passer pour un ignare. Si vous aimez la danse et/ou la musique, mettez-vous à la cumbia, les Argentins en raffolent.

Quand on pense « Argentine », on pense aussi « soccer » et à raison! Deuxième sport national après la sieste, le « fútbol » compte de nombreux « aficionados » dans tout le pays. Après le grand Maradona – plus grand par son talent que par sa taille – c’est aujourd’hui le Dieu Messi qui fait vibrer les cœurs. Même si vous n’êtes pas fanatique de soccer, je vous conseille vivement d’aller voir « un partido » à la « cancha de fútbol ». Ça vaut le détour! Renseignez-vous aussi sur les deux équipes locales : Boca et River. Tous les porteños ont choisi leur camp, et cela donne souvent lieu à des discussions animées. Avec un peu de chance (si River remonte en D1), vous aurez peut-être l’opportunité d’assister au « super-clásico » Boca vs River. Ne la laissez pas passer!

¡Che, boludo!

Nous arrivons au point le plus important : le langage. Les Argentins ne parlent pas le même espagnol que les autres pays d’Amérique Latine. Grand pays d’accueil de l’immigration européenne, l’espagnol argentin a subi l’influence de la langue italienne, ce qui en fait l’espagnol le plus chantant du continent. De plus, l’accent argentin est très différent de celui des autres pays, puisque le double L se prononce [ch], ainsi que le Y. « Me llamo Ana » se prononce donc [me chamo Ana]. Pas évident les premiers jours, mais on s’y fait assez vite.

Une fois passé l’obstacle de l’accent, il faut s’attaquer aux expressions argentines et aux tics de langage.

–       Les pièges : On vous a probablement appris un jour que « coger » voulait dire « prendre » et qu’ « acabar » voulait dire « finir ». En Argentine, ces mots ont la même traduction, mais ne s’utilisent que dans un sens sexuel. Du coup, si vous dites que vous voulez « coger un colectivo » ou « acabar un trabajo », ne vous étonnez pas qu’on vous regarde bizarrement…

–       Grammaire et conjugaison : Vous risquez aussi d’être un peu déstabilisé par l’emploi de « vos » et « sos ». En Argentine, le « vos » remplace le « tu », et « sos » est employé à la place de « eres ». Vous n’entendrez donc pas «  Y tu, de donde eres? » mais bien «  Y vos, de donde sos? » Un autre tic de langage consiste à ajouter le préfixe « RE » devant un mot pour exprimer l’idée d’abondance. Ainsi, ce travail n’est pas « muy dificil » mais « redificil ». Ça marche avec tous les adjectifs, ou presque. À user sans modération!

–       Vocabulaire typique :  Tous ces petits mots sont la base du langage argentin. Plus vous les utiliserez, plus les porteños vous reconnaitront comme leur semblable. Vous serez alors invités à des asados à droite à gauche, et on vous offrira du maté, signe d’amitié :

  • che : interjection se plaçant en début de phrase, directement liée à Che Guevara. Ex : « Che, que te parece esto? »
  • dale : équivalent de « vale » en Espagne, et de « ok » chez nous
  • chau : traduction phonétique du « ciao » italien.
  • bárbaro : génial
  • qué onda? : comment ça va? / quoi de neuf?
  • vamos loco! : c’est parti mon kiki!
  • mira vos! : ça va la vie! Ex : « – En julio, me voy 3 semanas a Nueva York. – Mira vos! »
  • claro/obvio : oui/évidemment
  • buena onda : peut s’employer à toutes les sauces. Ex : « Muy buena onda este chico! » « Che, qué tal el asado ayer? – Muy buena onda la verdad! »
  • estar a full : être à fond dans quelque chose / débordé. Ex : » Raul no puede salir esta noche, esta a full con los examenes »
  • quilombo : grand désordre
  • la concha de la lora : le trou du cul du monde

–       Les insultes : Voici enfin une liste des insultes les plus utilisées en Argentine. À réviser juste avant de se mettre en route pour la « cancha de fútbol »! :

  • boludo : couillon (peut être affectueux)
  • pelotudo : idem, mais moins affectueux
  • hijo de puta : on se passera de traduction
  • la concha de tu madre : retirez le « cha » de concha
  • la puta que te pario : on se contentera de préciser que le verbe « parir » signifie « mettre au monde »
Voilà, je crois qu’avec tout ça, vous êtes armés pour vivre votre échange dans la peau d’un vrai porteño!

anne.chabert@hec.ca pour toute question, réaction, ou renseignement!

1 commentaire

  1. Eléonore

    Miraaaa voooos, un illustre polonais !

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