Jouer au soccer à Mexico

Il est 9h, l’entrainement est supposé commencer et nous ne sommes que trois sur le terrain. Il faudra vraiment que je finisse par m’habituer à la ponctualité Mexicaine. Je ne vois pas de ballons à l’horizon et le coach commence à installer les cônes. Je ne m’attendais pas à effectuer le parcours du combattant si […]

Il est 9h, l’entrainement est supposé commencer et nous ne sommes que trois sur le terrain. Il faudra vraiment que je finisse par m’habituer à la ponctualité Mexicaine. Je ne vois pas de ballons à l’horizon et le coach commence à installer les cônes. Je ne m’attendais pas à effectuer le parcours du combattant si tôt le matin ! Nous enchaînons pendant 1h30 les intervalles, la vitesse, le cardio etc. Chaque course me fait ressentir un peu plus la chaleur, l’altitude, et la pollution ambiante auxquelles je ne suis pas encore habituée. Je regrette aussi tous les chocolats que j’ai mangés pour Noël ainsi que l’absence totale d’exercice au cours du mois de décembre. Je respire comme un bœuf et je crache du sang, cela ne m’était encore jamais arrivé. La fin de l’entraînement est marquée par des séries d’abdos interminables. J’ai mal partout. À peine le temps de me changer et je file à l’Université pour mon premier cours de la session. Nous sommes le 9 janvier et cette première journée à l’Université Tecnológico de Monterrey résume bien mon expérience Mexicaine. Je suis partie pour étudier, pour découvrir, mais aussi pour poursuivre ma passion dans un environnement nouveau. Je joue au soccer depuis plusieurs années et en tant que membre des Carabins de l’Université de Montréal je souhaitais mettre à profit mon expérience d’échange à l’internationale pour vivre de nouvelles émotions sur le plan sportif. J’ai donc choisi le Mexique pour rejoindre l’équipe de soccer universitaire des Borregos et jouer dans la ligue nationale tout au long de la session. Intégrer cette équipe fut la meilleure chose qui me soit arrivée là-bas.

J’y ai fais de très belles rencontres à l’origine de grandes amitiés, cela m’a également permis de voyager beaucoup aux quatre coins du pays, et puis j’ai eu la chance de vivre des sensations fortes au fil des matchs jusqu’à nous rendre aux championnats nationaux à Monterrey. Il aura fallu quatre ou cinq rencontres avec les responsables sportifs et académiques de l’université pour clarifier ma situation, m’inscrire sur le registre de la ligue, et signer les documents nécessaires. Quelques heures seulement avant le premier match, les dernières démarches sont complétées et je suis enfin apte à jouer. Le coach me demande quel numéro je souhaite porter entre le… 29, 31 ou 32 ! Peu m’importe, il choisira pour moi et ce sera la surprise. Le match est à Toluca, une ville à deux heures de Mexico. Ce sera le premier de nombreux voyages en bus ou en avion. Je suis heureuse. Je les connais à peine mais les filles m’invitent déjà à manger des « quesadillas » et « tacos ». Moi qui me demandait ce que je faisais, seule dans cette ville de plus de 20 millions d‘habitants, mon intégration aura finalement été très rapide. Et je me familiarise peu à peu avec l’espace, le déroulement des cours et le fonctionnement de l’établissement, même si je me perds un peu au milieu de toutes ces têtes inconnues qui en revanche semblent toutes se connaître. Ce n’est pas évident d’être le seul étranger dans une classe ou une équipe qui se côtoie depuis plus de deux ans. Mais les Mexicains sont très ouverts ce qui fait partie de la richesse de cette culture.

Plus le temps passe, plus je m’épanouie dans ce pays que j’ai vite adopté. Je prends du plaisir et je m’habitue à jouer avec ma nouvelle équipe. Étant la seule étrangère de la ligue j’attire de plus en plus l’attention. Après un match, je me fais interviewer par une journaliste qui me pose des questions sur l’équipe et le championnat mais aussi sur mon échange et mes études. Je lui explique que j’ai choisi Mexico pour intégrer cette équipe qui a le potentiel de se rendre en finale des championnats nationaux. Après une séance photos je me retrouve dans le journal de l’université. Les matchs s’enchaînent et nous atteignons le  dernier carré des qualifications pour connaître les deux équipes de la région qui iront disputer les nationaux à Monterrey. Nous partons donc dans l’État de Mexico, au Nord du district fédéral, où se joueront tous les matchs du « cuadrangular ». Après ces trois jours décisifs, nous obtenons notre ticket pour les championnats nationaux où nous retrouverons les 12 meilleures équipes du pays. La récupération n’est pas la même qu’aux Carabins, nous allons manger des grosses pizzas au fromage et boire de la bière en regardant les autres matchs. Une fois de plus ça fait partie de l’expérience et de la culture.

Monterrey est une ville située à dix heures au nord de Mexico, proche de la frontière américaine. Je me lève un peu stressée. Je sens une pression nouvelle, ma perception est vraiment différente de ce que j’ai déjà vécu. Ce ne sont pas mes premières phases finales nationales, j’ai eu la chance de vivre de grands moments dans la ligue Canadienne et Française. Je fais du sport pour vivre des moments comme la semaine qui s’en vient. Nous voyageons jusqu’à Monterrey en avion. Cette ville est toute en longueur entre deux montagnes. Un ouragan est passé il y a trois ans et depuis tout est en travaux. Il avait tellement plu que la moitié de la ville fût inondée, les ponts sont tombés et les magasins furent totalement détruits. La ville porte toujours l’ombre de cette catastrophe, et c’est la première fois que je découvre un nouvel endroit que je n’aime pas au premier abord. Nous rejoignons notre hôtel et après avoir laissé nos affaires dans les chambres, nous descendons courir un peu dans les cailloux et la poussière. Avec les montagnes et la chaleur, le paysage est très rocailleux et sec. Rien d’attrayant.

Je n’oublierai jamais cette semaine. Une routine quotidienne entre les restaurants, les soirées à l’hôtel, la récupération, les réunions et bien sûr les matchs. L’atmosphère est détendue et toujours conviviale. Nous participons à la cérémonie d’ouverture du tournoi puis nous allons voire un match de la ligue professionnelle masculine dans le grand stade. Nous profitons de chaque instant. Vivre en groupe 24h sur 24h rapproche forcément les personnes et nous avons beaucoup de plaisir à être ensemble malgré l’enjeu. Quatre matchs en quatre jours pour une défaite douloureuse aux penalties en ¼ de finale. Nous sommes éliminées sur un match que nous avons maîtrisé de la tête aux pieds.  Je suis évidemment déçue comme tout le monde mais le sport c’est ça. Il faut savoir perdre et je ne regrette rien de tous ces beaux moments que j’ai pu vivre sur comme en dehors du terrain. Le retour à Mexico est difficile après une courte nuit. Le soccer est fini mais les amitiés restent.

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